Les participes passés

Voici une dictée composée par Annie-Pier Pelchat, monitrice en français écrit au CARÉ. Cette dictée comprend 24 pièges variés.

Photo: Marie-Eve Bastien

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Les participes passés

Hier, je me suis souvenue de tous ces après-midis d’été que j’ai perdus à réviser les règles d’accord des fameux participes passés. Tous ces oiseaux que j’ai entendus chanter semblaient rire de mon désarroi. Toutes ces fraises que j’ai vu cueillir, je n’aurais pas eu le temps de les savourer. Tout mon temps était consacré à l’étude des irrégularités de la langue de Molière. Je n’ai guère de regrets aujourd’hui. Je me suis immiscée dans cette langue qui est devenue mon gagne-pain. À dire vrai, j’ai été enseignante de français au secondaire pendant plus de vingt ans. Durant toute ma carrière, tous les élèves que j’ai vus grandir ont été pour moi le fruit de mon dur labeur. Je leur ai transmis ma passion pour la langue française et ces derniers peuvent enfin la partager!

souvenue : part. passé du verbe pronominal se souvenir. Avoir à l’esprit (un évènement ou une personne appartenant au passé). Le verbe essentiellement pronominal se présente toujours accompagné d’un pronom réfléchi. Le participe passé du verbe essentiellement pronominal s’accorde en genre et en nombre avec le noyau du groupe occupant la fonction sujet (ici je). On sait que le pronom je représente une personne de sexe féminin, puisqu’il est mentionné plus loin dans la dictée qu’il s’agit d’une enseignante.

ces : déter. dém. ce au masculin pluriel (détermine après-midis). À ne pas confondre avec le déterminant possessif homophone ses (« à lui ou à elle »). Pour distinguer les deux types de déterminants, on peut reformuler au singulier, où la prononciation est différente : cet après-midi (démonstratif), son après-midi (possessif).

après-midis OU après-midi : n. m. après-midi au pluriel. Partie de la journée commençant après le repas de midi et se terminant avant celui du soir. Pluriel rectifié : après-midis (avec un s final).

perdus : part. passé du verbe perdre au masculin pluriel. Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire avoir s’accorde en genre et en nombre avec le noyau du groupe occupant la fonction de complément direct (ici le pronom relatif que, mis pour tous ces après-midis d’été) lorsque celui-ci est placé à gauche du verbe.

entendus : part. passé du verbe entendre au masculin pluriel. Quand un infinitif suit un participe passé, il peut influencer l’accord du participe. La règle est alors la suivante : on accorde le participe passé seulement si on trouve à sa gauche un complément direct ET que ce complément direct est l’agent (le sujet sous-entendu) de l’infinitif. Ici, la première condition est remplie : le verbe entendre a bel et bien un complément direct à gauche, soit le pronom relatif que, mis pour les oiseaux. La deuxième condition l’est aussi : le complément direct, les oiseaux, est le sujet sous-entendu de l’infinitif chanter ; ce sont les oiseaux qui chantent. Le participe passé s’accorde donc en genre et en nombre avec le noyau du groupe les oiseaux (masculin pluriel).

désarroi : n. m. Trouble moral intense, angoisse.

vu : part. passé du verbe voir. Quand un infinitif suit un participe passé, il peut influencer l’accord du participe. C’est souvent le cas avec le verbe voir. La règle est alors la suivante : on accorde le participe passé seulement si on trouve à sa gauche un complément direct ET que ce complément direct est l’agent (le sujet sous-entendu) de l’infinitif. Ici, la première condition est remplie : le verbe voir a bel et bien un complément direct à gauche, soit le pronom relatif que, mis pour les fraises. La deuxième condition ne l’est toutefois pas : le complément direct, les fraises, n’est pas le sujet sous-entendu de l’infinitif cueillir; ce sont des personnes qui ont cueilli les fraises, et non les fraises qui se sont cueillies elles-mêmes. Puisque la deuxième condition n’est pas remplie, le participe passé vu reste invariable.

irrégularités : n. f. irrégularité au pluriel. Caractère, aspect asymétrique, non régulier de cette chose.

la langue de Molière : loc. nom. f. Le français.

guère : adv. nég. Pas beaucoup, pas vraiment. À ne pas confondre avec le nom homophone guerre (« conflit entre puissances »).

regrets : n. m. regret au pluriel. Mécontentement, chagrin d’avoir ou de ne pas avoir fait quelque chose. En contexte négatif (ne pas avoir de regrets), on doit adopter un raisonnement « positif » : s’il y en avait, y aurait-il un seul regret ou plusieurs regrets ? Ici, le contexte suppose qu’il y aurait des regrets, d’où l’accord au pluriel.

immiscée : part. passé du verbe pronominal s’immiscer au féminin singulier. Intervenir mal à propos, sans qu’on y ait été invité. Le verbe essentiellement pronominal se présente toujours accompagné d’un pronom réfléchi. Le participe passé du verbe essentiellement pronominal s’accorde en genre et en nombre avec le noyau du groupe occupant la fonction sujet (ici Je). On sait que le pronom je représente une personne de sexe féminin, puisqu’il est mentionné plus loin dans la dictée qu’il s’agit d’une enseignante.

devenue : part. passé du verbe devenir au féminin singulier. Devenir est un verbe attributif. Le verbe attributif s’accorde en genre et en nombre avec le noyau du groupe occupant la fonction de sujet dans la phrase (ici le pronom relatif qui, mis pour cette langue).

gagne-pain : n. m. Activité qui permet à quelqu’un de gagner sa vie.

À dire vrai : loc. adv. En fait.

français : n. m. Langue indo-européenne du groupe roman. Le gentilé (nom ethnique) s’écrit avec une minuscule quand, au masculin, il désigne une langue.

secondaire : n. m. Enseignement secondaire ou secondaire : qui vient après le primaire, de la sixième à la terminale, en France, et d’une durée normale de cinq ans, au Québec, avant le collégial.

vingt : déter. num. (détermine ans). Deux fois dix. Le numéral vingt reste invariable ici étant donné qu’il n’est pas multiplié par un autre nombre. À ne pas confondre avec le nom homophone vin (« boisson alcoolisée ») ou l’adjectif vain (« inutile »).

vus : part. passé du verbe voir au masculin pluriel. Quand un infinitif suit un participe passé, il peut influencer l’accord du participe. La règle est alors la suivante : on accorde le participe passé seulement si on trouve à sa gauche un complément direct ET que ce complément direct est l’agent (le sujet sous-entendu) de l’infinitif. Ici, la première condition est remplie : le verbe voir a bel et bien un complément direct à gauche, soit le pronom relatif que, mis pour les élèves. La deuxième condition l’est aussi : le complément direct, les élèves, est le sujet sous-entendu de l’infinitif grandir; ce sont les élèves qui grandissent. Le participe passé s’accorde donc en genre et en nombre avec le noyau du groupe les élèves (masculin pluriel).

labeur : n. m. [Soutenu] Travail long et difficile.

leur : pron. pers. qui remplace un complément indirect formé d’un groupe prépositionnel commençant par la préposition à / aux (aux élèves). Le pronom leur est toujours invariable (on ne l’écrit jamais avec un s), contrairement au déterminant leur, qui prend la marque du pluriel lorsqu’il détermine un nom pluriel (leurs travaux).

transmis : part. passé du verbe transmettre. Donner la connaissance de quelque chose à. Le participe passé employé avec l’auxiliaire avoir demeure invariable quand le complément direct (ici ma passion pour la langue française) est placé après le verbe.

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